Deux personnes attablées face à face à la terrasse vitrée d'un café parisien, chacune absorbée par son téléphone

    1 jeune actif sur 3 se sent seul - deux fois plus qu'un sexagénaire

    Entourés, mais seuls.

    10 septembre 2026

    Alors que nous n'avons jamais été aussi connectés en ligne, les Français se sentent-ils plus ou moins seuls avec les années qui passent ? Pour le savoir, la rédaction d'UnCafé a croisé les dix dernières éditions du baromètre « Les Solitudes en France » (Fondation de France, CRÉDOC) pour comprendre qui souffre vraiment de solitude aujourd'hui. Le résultat contredit l'image d'Épinal de la personne âgée isolée à la campagne : ce sont les jeunes actifs des grandes villes qui décrochent le plus vite, alors même qu'ils sont statistiquement les mieux entourés. Quatre lectures des données, construites par recoupement de séries jamais publiées ensemble, pour comprendre ce retournement générationnel et territorial.

    37 %des moins de 25 ans se sentent seuls régulièrement en 2025, contre 16 % des 60-69 ans en 2024 - plus de deux fois plus.
    +12 ptsen neuf ans chez les jeunes (25 % en 2016, 37 % en 2025), soit deux fois et demi la progression de la moyenne nationale (+5 pts).
    11 % / 35 %chez les 25-39 ans : le taux d'isolement mesuré le plus bas de la population, et le taux de solitude ressentie le plus haut (2024).
    ×3,5l'écart de solitude ressentie entre grandes villes et zones rurales a plus que triplé en six ans (2 points en 2019, 7 points en 2025).
    28 % / 21 %se sentent seuls en grande ville contre en zone rurale (2025) - alors que l'isolement mesuré, lui, reste plus élevé à la campagne.
    3 %seulement des personnes qui se sentent seules sollicitent une association - un non-recours massif aux dispositifs existants (2024).

    +12 points en neuf ans : le décrochage silencieux des jeunes

    Figure 1 - Sentiment de solitude par âge, 2016-2025 (cumul « souvent » et « tous les jours ou presque »).Survolez une année pour comparer les trois cohortes ; cliquez une entrée de légende pour la masquer.Source : Fondation de France / CRÉDOC, Les Solitudes en France, éditions 2016 à 2025 - séries recoupées.

    En 2016, un quart des moins de 30 ans (25 %) déclarait se sentir seul régulièrement - un niveau déjà supérieur à la moyenne nationale de l'époque (19 %), mais pas alarmant. Neuf ans plus tard, ce chiffre atteint 37 % chez les moins de 25 ans, soit +12 points, quand la moyenne nationale ne progresse que de 5 points sur la même période (19 % à 24 %). Le sentiment de solitude des jeunes s'est donc dégradé deux fois et demi plus vite que celui du reste du pays, pendant que les 60-69 ans restent stables et nettement en dessous (12 % en 2019, 16 % en 2024).

    Cette trajectoire n'est pas linéaire : l'été 2023 marque un pic à 45 % chez les moins de 25 ans, contre 26 % six mois plus tôt en janvier - la Fondation de France l'attribue en partie à la rupture des liens scolaires et universitaires pendant les vacances, un facteur calendaire à ne pas surinterpréter comme un isolement chronique. Mais la tendance de fond, elle, est stable et documentée par Santé publique France : un jeune de 18-24 ans sur cinq a vécu un épisode dépressif caractérisé en 2021, la proportion la plus élevée de toutes les classes d'âge. Le décrochage n'est donc ni un artefact statistique ni un épiphénomène saisonnier.

    11 % isolés, 35 % seuls : le paradoxe des trentenaires

    Figure 2 - Isolement relationnel mesuré et sentiment de solitude par tranche d’âge, juillet 2024.Survolez une catégorie pour comparer les deux mesures ; cliquez une entrée de légende pour la masquer.Source : Fondation de France / CRÉDOC, Les Solitudes en France, édition 2024.

    C'est la figure qui résume tout le propos de cette étude. En 2024, les 25-39 ans affichent l'un des taux d'isolement mesuré les plus bas de la population (11 %, contre 15 % chez les 40-59 ans) - ils ont des contacts fréquents avec leur entourage. Et pourtant, ce sont eux qui déclarent le plus se sentir seuls : 35 %, contre 24 % chez les 40-59 ans et seulement 16 % chez les 60-69 ans. Fait frappant : les 60-69 ans affichent exactement le même taux d'isolement mesuré que les 25-39 ans (11 %) - mais un sentiment de solitude plus de deux fois inférieur. À contact égal, le ressenti diverge du tout au tout.

    Ce découplage s'explique en partie par la nature des liens : la Fondation de France rappelle que les échanges numériques restent des « liens faibles » (au sens du sociologue Granovetter), qui ne remplacent pas le contact physique. Or 55 % des moins de 25 ans et 52 % des 25-39 ans utilisent les réseaux sociaux plusieurs fois par jour pour « s'occuper » plutôt que pour communiquer avec leurs proches (Fondation de France, 2024) - un temps de connexion élevé qui ne se traduit pas en lien ressenti. Autre signal : seuls 3 % des personnes qui se sentent seules sollicitent une association, ce qui illustre un non-recours massif aux dispositifs existants et légitime l'espace pour une réponse nouvelle.

    De 2 à 7 points : l'écart ville-campagne a triplé

    Figure 3 - Sentiment de solitude, communes rurales et agglomérations de 100 000 habitants et plus, 2019-2025.Survolez une année pour lire l'écart entre les deux courbes.Source : Fondation de France / CRÉDOC, Les Solitudes en France, éditions 2019, 2023, 2024 et 2025.

    En 2019, l'écart de solitude ressentie entre grandes agglomérations et communes rurales n'était que de 2 points (19 % contre 17 %) - un bruit statistique plus qu'une tendance. En 2025, cet écart atteint 7 points (28 % contre 21 %), soit plus que triplé en six ans. La Fondation de France, dans son édition 2025, le formule elle-même sans détour : les écarts entre solitude ressentie en milieu urbain et en zone rurale, autrefois peu marqués, dessinent aujourd'hui une véritable dimension territoriale du phénomène.

    Ce creusement est récent et progressif, pas un effet de seuil isolé : l'écart passe de 2 points (2019) à 4 (2023) puis 7 (2025), avec un léger tassement intermédiaire en 2024 (3 points) qui rappelle que la tendance n'est pas parfaitement linéaire d'une mesure à l'autre. Le rapport 2022 avance une explication qualitative cohérente avec cette bascule : la solitude s'exprimerait davantage dans les zones où la densité de population et la promiscuité - caractéristiques de la vie en ville - sont paradoxalement plus fortes. Vivre entassé n'est donc pas vivre entouré.

    28 % en grande ville, 21 % en zone rurale : la ville n'est pas un rempart

    Figure 4 - Isolement relationnel mesuré et sentiment de solitude par taille d’agglomération, juillet 2025.Survolez une catégorie pour comparer les deux mesures ; cliquez une entrée de légende pour la masquer.Source : Fondation de France / CRÉDOC, Les Solitudes en France, édition 2025.

    La géographie confirme, avec des chiffres différents, exactement le même paradoxe que l'âge. En 2025, l'isolement mesuré reste plus élevé en zone rurale (14 %) qu'en grande ville ou à Paris (9 % dans les deux cas) : les campagnes manquent bien de contacts, conformément à l'intuition. Mais la solitude ressentie s'inverse totalement : 21 % en zone rurale, contre 25 % dans les villes moyennes, et jusqu'à 28 % dans les agglomérations de plus de 100 000 habitants. Les habitants les mieux connectés objectivement sont ceux qui se sentent le plus seuls.

    Cette double lecture - âge et territoire - dessine le même mécanisme sous deux angles différents : la disponibilité de contacts n'a jamais aussi peu prédit le sentiment de solitude qu'aujourd'hui. C'est là que se loge, très précisément, l'opportunité pour une réponse qui ne cherche pas à multiplier les contacts (les jeunes urbains n'en manquent pas) mais à en retrouver la profondeur - hors des écrans, dans des interactions qui recréent du lien plutôt que de la simple proximité.

    À propos d'UnCafé

    UnCafé est une application lancée à l'échelle nationale en juillet 2026 par Oleksiy Lysogub, après une bêta parisienne ouverte en mai 2026. La proposition tient en une règle : chaque dimanche à 15 h, elle met en relation deux inconnus autour d'un café, dans un lieu public, pour une conversation en tête-à-tête sans écran interposé - ni chat, ni matching infini, ni logique de date. Avant de rejoindre la communauté, chaque utilisateur adhère au « cadre UnCafé », une charte de bienveillance et d'écoute qui installe un climat de confiance avant même la première rencontre.

    Venu de la finance après huit ans de carrière, Oleksiy Lysogub a conçu UnCafé comme une réponse directe aux applications de rencontre classiques, qu'il juge avoir déformé la simplicité et la beauté d'un vrai échange. L'application revendique déjà plus de 1 000 profils actifs à Paris et des demandes d'inscription dans plus de 100 villes françaises, avec pour objectif 10 000 Pauses café partagées et 200 000 téléchargements dès 2026. C'est cette conviction - que la solitude d'aujourd'hui se soigne par la rencontre incarnée, pas par davantage d'écran - qui a motivé la présente étude.

    Méthodologie

    Cette étude ne produit aucune donnée primaire : elle recoupe et met en série des chiffres publiés séparément dans dix rapports officiels. Cette section documente précisément nos sources, les hypothèses retenues pour les rendre comparables, et les limites qui doivent accompagner toute reprise de ces chiffres.

    Qui publie cette étude

    Cette étude est réalisée et publiée par l'équipe d'UnCafé, application de rencontre hors-écran lancée à l'échelle nationale en juillet 2026 (bêta parisienne depuis mai 2026), dont l'activité consiste à organiser des rencontres hebdomadaires en tête-à-tête, hors des écrans. Ce positionnement a motivé le choix de l'angle éditorial retenu ici - mais il ne modifie en rien les données chiffrées présentées : l'intégralité des chiffres de cette étude provient de sources tierces et indépendantes, la Fondation de France et le CRÉDOC, et n'a fait l'objet d'aucun retraitement autre que la mise en série décrite ci-dessous.

    Sources

    Les dix éditions du baromètre annuel « Les Solitudes en France », publiées par la Fondation de France et réalisées par le CRÉDOC (Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie), avec la collaboration du CERLIS et d'Audencia sur le volet ethnographique des éditions les plus récentes.

    Édition Institut Terrain Échantillon Volet géographique
    2016 CRÉDOC Non précisé ≈ 2 000+ Absent
    2017 CRÉDOC (spécial jeunes) 19 avr. – 9 mai 2017 2 000 Absent
    2018 CRÉDOC (handicap/maladie) 25 mai – 11 juin 2018 3 586 Absent
    2019 CRÉDOC Déc. 2018 – janv. 2019 2 976 Partiel
    2020 CRÉDOC (+ confinement) Déc. 2019 – janv. 2020 ~3 000 + 3 000 Global
    2021 CRÉDOC 22 déc. 2020 – 16 janv. 2021 3 328 Quasi absent
    2022 CRÉDOC + CERLIS/Audencia 21 déc. 2021 – 14 janv. 2022 3 392 Partiel
    2023 CRÉDOC + CERLIS/Audencia Janv. + juin–juil. 2023 3 051 + 3 635 Thème central
    2024 CRÉDOC + CERLIS/Audencia Juillet 2024 3 000 Absent
    2025 CRÉDOC + CERLIS/Audencia Juillet 2025 3 000 Thème central

    Définitions retenues

    Isolement relationnel (mesure objective) - sont considérées comme isolées les personnes n'ayant de contacts de visu que « quelques fois dans l'année » ou moins, avec l'ensemble de leurs cinq réseaux de sociabilité (famille hors foyer, amis, voisins, collègues, association). Les relations au sein du foyer et les échanges numériques ne sont pas comptabilisés.

    Sentiment de solitude (mesure subjective) - mesuré par la question « Vous arrive-t-il de vous sentir seul ? », sur une échelle en cinq points (jamais / rarement / de temps en temps / souvent / tous les jours ou presque). Nos figures retiennent le cumul « souvent » et « tous les jours ou presque », conformément à la convention utilisée par la Fondation de France elle-même dans ses propres synthèses.

    Comment nous avons construit ces figures

    • Les figures 1 et 3 mettent bout à bout des points de mesure issus d'éditions différentes ; elles illustrent une tendance, pas une série continue avec un pas de temps régulier.
    • La cohorte « jeunes » de la figure 1 recouvre des bornes d'âge légèrement différentes selon les éditions (moins de 30 ans en 2016 et 2019 ; 15-30 ans en 2020-2021 ; moins de 25 ans à partir de 2023) - la plus fine disponible a été retenue à chaque fois, sans lissage.
    • Les figures 2 et 4 recoupent deux séries - isolement mesuré et sentiment de solitude - publiées côte à côte dans un même rapport (2024 pour l'âge, 2025 pour le territoire), ce qui en fait les deux figures les plus directement sourcées de l'étude.
    • Aucun rapport source ne publie de croisement âge × lieu de résidence sur un même échantillon : toute lecture combinant les deux dimensions dans cette étude est une mise en regard de deux séries distinctes, jamais une donnée brute unique.

    Limites et points de vigilance

    • Rupture méthodologique en 2015-2016 : passage d'une collecte téléphonique (institut TMO Régions, 2010-2014) à une collecte en ligne (CRÉDOC, depuis 2016), avec changement du champ d'âge (18 ans et plus avant 2016, 15 ans et plus depuis). Les comparaisons antérieures à 2016 sont exclues de cette étude pour cette raison.
    • L'édition 2021 constitue un pic exceptionnel d'isolement mesuré (24 %, contre 11 à 14 % les autres années), directement lié aux confinements Covid-19 ; nous l'excluons des figures d'isolement pour ne pas fausser la lecture, tout en le signalant ici par souci de transparence.
    • Quatre éditions ne comportent pas de volet géographique exploitable (2016, 2017, 2018, 2021) : la figure 3 s'appuie donc uniquement sur les éditions 2019, 2023, 2024 et 2025.
    • L'écart saisonnier observé en 2023 (janvier contre juillet) est en partie attribué par la Fondation de France à la rupture des liens scolaires pendant les vacances - un facteur calendaire distinct d'une dégradation structurelle, à mentionner systématiquement lorsqu'on cite le chiffre de juillet 2023 (45 % chez les moins de 25 ans).
    • Les échantillons sont de l'ordre de 3 000 répondants par vague, avec une marge d'erreur usuelle de ±1,5 à 2 points selon les sous-catégories - les écarts inférieurs à 2-3 points doivent être interprétés avec prudence.

    Contact presse

    Service presse UnCafé - pour toute demande d'interview, de données complémentaires ou de visuels haute définition à partir de cette étude.

    [email protected]