8 octobre 2026•Par Oleksiy Lysogub

    Ghosting : pourquoi on disparaît, et comment s'en remettre

    Ghosting : pourquoi on disparaît, et comment s'en remettre

    Dimanche soir, vous avez écrit : « On se dit jeudi ? »

    Lundi, rien. Mardi, vous avez vérifié que le message était bien parti. Mercredi, vous avez relu toute la conversation, deux fois, à la recherche de la phrase de trop.

    Jeudi est passé.

    Le plus gênant, c'est de vous voir faire : rouvrir la conversation pour rien, écrire un deuxième message, l'effacer. Trois semaines que vous vous écriviez tous les jours, et vous voilà à mener l'enquête sur une blague de la semaine dernière.

    Le mot, vous le connaissez : ghosting. Ce que vous cherchez, c'est le reste. Pourquoi. Ce que vous avez fait. S'il faut relancer.

    Des chercheurs ont posé la question à ceux qui disparaissent. Leurs réponses sont plus ordinaires que ce qu'on s'invente à minuit, et pas toujours plus douces. Elles n'excusent rien, mais elles aident à ne plus lire dans ce silence un verdict qu'il ne contient pas, et à décider quoi faire cette semaine.

    Ghosting : définition d'un mot récent pour un geste ancien

    Le ghosting, c'est mettre fin à une relation en cessant de répondre, du jour au lendemain et sans explication. Ghoster, c'est le faire. Se faire ghoster, c'est rester de l'autre côté, avec ses messages sans réponse.

    C'est un silence complet, et c'est ce qui le distingue de ses cousins. Quelqu'un qui réapparaît deux mois plus tard comme si de rien n'était fait du zombieing : c'est un ghosteur qui revient. Quelqu'un qui ne vous écrit plus mais regarde encore vos stories pratique l'orbiting. Et quelqu'un qui envoie un message tous les dix jours, juste de quoi vous faire rester, vous laisse des miettes : c'est le breadcrumbing.

    Le mot vient de l'anglais ghost, fantôme. Il est assez récent pour n'avoir reçu un équivalent français officiel qu'en 2023 : le Journal officiel du 31 août propose « fantomisation », soit le fait « d'interrompre brutalement et définitivement toute communication avec une personne avec laquelle on entretenait des relations régulières ».

    Personne ne dit « fantomisation ». Mais la même fiche donne un synonyme qui en dit plus long : « rupture à l'anglaise ».

    On filait à l'anglaise bien avant d'avoir un téléphone dans la poche. L'écran n'a pas inventé le geste. Il l'a rendu facile.

    Ghoster quelqu'un : les raisons de ceux qui l'ont fait

    Ceux qui ont ghosté quelqu'un donnent surtout deux raisons : quelque chose chez la personne, ou quelque chose chez eux. L'application, qui rend la chose facile, vient ensuite. L'envie de ne pas blesser arrive en dernier.

    Trois chercheuses de l'université Érasme de Rotterdam, Elisabeth Timmermans, Anne-Mette Hermans et Suzanna Opree, sont allées leur poser la question. Par des journaux et des magazines de Belgique et des Pays-Bas, elles ont cherché des utilisateurs d'applications de rencontre prêts à raconter les fois où ils avaient disparu, et celles où on les avait laissés sans réponse. Leur enquête, publiée en 2020, en a retenu 328, néerlandophones, de 18 à 59 ans. Parmi eux, 142 ont expliqué pourquoi ils avaient un jour cessé de répondre à quelqu'un. Chacun pouvait donner plusieurs raisons :

    • quelque chose chez l'autre ou dans son comportement (67 %) : une personne jugée ennuyeuse, des attentes différentes, mais aussi des messages insistants ou déplacés ;
    • une raison qui ne tient qu'à soi (44 %) : pas la tête à ça, quelqu'un d'autre en vue, plus le temps ;
    • la facilité de l'application (29 %) : c'est plus simple que de dire non ;
    • le sentiment de ne rien devoir (22 %) : on ne doit pas d'explication à quelqu'un qu'on n'a jamais vu en vrai, résume une participante ;
    • l'envie de ne pas blesser (16 %).

    La liste ne vous ménage pas. Deux personnes sur trois citent une raison qui tient à celle qu'elles ont laissée sans réponse. Donc oui : c'est peut-être vous. Vous l'ennuyiez, vous alliez trop vite, ou vous n'attendiez pas la même chose.

    Mais regardez ce que ces cinq raisons ont en commun : aucune ne s'entend dans un silence. La personne qui s'ennuyait, celle qui venait de rencontrer quelqu'un d'autre et celle qui ne savait pas comment vous le dire vous ont envoyé exactement la même chose. Rien.

    Un cas est à part. Sur ces 142 personnes, 26 se sont tues parce qu'elles redoutaient la réaction de l'autre, insultes ou harcèlement. Couper tout contact avec quelqu'un d'insistant ou de menaçant, c'est se protéger, pas se défiler.

    Ghoster au lieu de le dire : ce que le silence épargne

    On ghoste plutôt que de dire que c'est fini, parce que le silence épargne une conversation pénible : à soi d'abord et, croit-on parfois, à la personne qu'on quitte.

    Dans un ghosting, il y a deux décisions : arrêter, et ne pas le dire. La première vous concerne peut-être. La seconde ne parle que de la personne qui s'est tue.

    Pour sa thèse de psychologie clinique, soutenue à l'université d'Angers en octobre 2025, Léa Jarrier a interrogé vingt jeunes adultes de 19 à 25 ans, tous passés par Tinder. L'un d'eux lui décrit la mécanique : sur une application, quand on n'a plus envie, « il suffit de ne pas répondre », puis : « on n'a pas la réaction directe de la personne en face, on culpabilise moins ».

    Vingt personnes ne font pas une statistique. Mais la chercheuse en tire une idée qui dérange : entre gens qui se rencontrent en ligne, le ghosting fonctionne comme un « contrat implicite ». Savoir qu'on pourra « à tout moment se retirer » est ce qui rassure assez pour oser la rencontre. La porte par laquelle on vient de vous quitter sans un mot, vous l'aviez aussi.

    Vous l'avez peut-être déjà prise. Ce message d'il y a deux ans, auquel vous comptiez répondre quand vous auriez trouvé les mots.

    Reste la question qui vous occupe : est-ce que la personne qui a disparu s'en moque ? Deux chercheurs, YeJin Park, de l'université de New York, et Nadav Klein, de l'INSEAD, l'ont posée en 2024 dans huit expériences sur des liens de toutes sortes, pas seulement amoureux. Leur résultat : ceux qui ghostent se soucient de la personne laissée sans réponse plus que celle-ci ne le croit. Ils se taisent en partie pour ne pas la blesser, et c'est justement ce qu'elle ne devine pas. Un rejet sans explication, résument-ils, mais pas sans égards.

    En partie seulement. Dans l'enquête des trois chercheuses, ils n'étaient que 16 % à dire s'être tus pour ne pas blesser. On se tait d'abord pour soi, pour ne pas avoir à chercher les mots ni à regarder quelqu'un les recevoir. Et parfois, donc, en croyant bien faire.

    Sauf qu'un silence ne reste jamais vide.

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    Se faire ghoster : pourquoi ce silence fait si mal

    Se faire ghoster fait mal parce qu'un silence ne dit rien.

    Un non, on peut le contester, le maudire, le raconter à une amie. Un silence, il faut d'abord le traduire. Et c'est vous qui traduisez, avec ce que vous avez sous la main : vos doutes.

    Dans l'enquête menée en Belgique et aux Pays-Bas, 217 personnes ont raconté le jour où quelqu'un a cessé de leur répondre. Moins elles s'y attendaient, plus elles disaient avoir eu mal : de tout ce que l'enquête a mesuré, c'est ce qui comptait le plus. Rien de naïf à cela : un ghosting, par définition, ne prévient pas. Et une sur trois, 72 exactement, en avait conclu qu'elle n'était pas assez bien : pas assez intéressante, pas assez belle.

    Le silence, lui, n'avait rien dit de tel. Tant que vous remplissez le blanc, vous ne lisez pas la réponse de l'autre. Vous lisez la vôtre.

    Et si cette histoire réveille en vous quelque chose de plus lourd, ne gardez pas cela pour vous : SOS Amitié répond jour et nuit au 09 72 39 40 50, au prix d'un appel local ; le 3114, numéro national de prévention du suicide, est gratuit.

    Ghosté : faut-il relancer, et que faire ensuite ?

    Vous pouvez relancer, une fois, par un message clair, qui ne demande pas d'explication ; ensuite, c'est à vous de fermer la conversation, que la réponse vienne ou non.

    Sur les 217 personnes de l'enquête, 46 disaient avoir eu besoin de comprendre pour tourner la page, et 33 ont recontacté la personne qui avait disparu. Certaines ont reçu une explication. D'autres, rien. Pour quelques-unes, c'est même devenu pire.

    Relancer peut donc servir, sans rien garantir. Une règle suffit : un message, un seul, que vous écrivez pour vous-même, pour savoir et non pour convaincre. Par exemple : « Je n'ai plus de nouvelles depuis dimanche. Si tu préfères qu'on en reste là, tu peux me le dire, j'aime mieux le savoir. »

    Ce message change le sens du silence qui suivra : avant, vous ne saviez pas ; après, vous savez.

    Puis donnez-vous une date, dimanche prochain par exemple. Passé ce jour, archivez la conversation et coupez ses notifications. Ce n'est pas une punition. C'est pour arrêter de vérifier.

    Et la fois d'après ? Trois semaines de messages quotidiens, c'est trois semaines à s'attacher à quelqu'un qu'on connaît surtout par écrit.

    UnCafé, notre application, se passe de ces semaines de messages. Elle vous propose des personnes avec qui vous avez des points communs. Quand vous dites oui tous les deux, une pause café est fixée : elle a lieu dans un café sélectionné par UnCafé, et la discussion ne s'ouvre que deux heures avant, pour se retrouver sur place. Dans les 24 heures qui précèdent, au plus tard trois heures avant, chacun redit qu'il vient ; sinon la pause est annulée.

    Rien de tout cela ne garantit que personne ne disparaîtra : après le café, chacun reste libre de ne pas donner suite. Vous n'aurez simplement pas passé trois semaines à écrire à quelqu'un que vous n'avez jamais vu. C'est le principe d'une application pensée pour la rencontre en vrai. Elle existe à Paris et dans plusieurs grandes villes françaises, et les deux premières pauses café sont gratuites.

    Jeudi est passé. Le message est toujours là, seul en bas de l'écran : « On se dit jeudi ? »

    Vous pouvez en écrire un dernier. Puis laisser le premier où il est.

    Il n'attend plus de réponse. Vous non plus.

    FAQ : ghosting

    Quels sont les signes du ghosting ?

    Il n'y en a pas vraiment : le ghosting se reconnaît après coup. Dans une enquête menée en Belgique et aux Pays-Bas, moins les personnes s'y attendaient, plus elles disaient avoir eu mal. Le seul signe sûr est le silence lui-même : des messages qui restent sans réponse, jour après jour, sans raison donnée.

    Peut-on se faire ghoster par un ami ?

    Oui, et peut-être plus souvent que dans une histoire d'amour. Dans une étude américaine publiée en 2018, sur 747 volontaires recrutés en ligne, 38,6 % avaient déjà été ghostés par un ami, contre 23 % par un partenaire ; rien ne dit que ces chiffres valent pour la France. Entre amis, il n'existe pas de scène de rupture : on laisse filer, et le ghosting passe pour de la négligence.

    Quelle application de rencontre sans ghosting ?

    Aucune ne peut le promettre, UnCafé pas plus qu'une autre. Son format change en revanche deux choses : on ne s'y écrit pas pendant des jours avant de se voir, et chacun confirme sa présence avant de venir, faute de quoi la pause café est annulée. Les deux premières pauses café sont gratuites.

    Oleksiy Lysogub

    Écrit par

    Oleksiy Lysogub

    Fondateur d'UnCafé

    Oleksiy a créé UnCafé avec une conviction simple : quand on se rencontre et qu'on se parle, on découvre que l'autre n'est pas si différent. UnCafé transforme la pause café en rituel de rencontre : deux personnes, un lieu public, un temps court, et des thèmes de conversation pour faire circuler récits de vie, passions et regards sur le monde.

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