7 octobre 2026•Par Oleksiy Lysogub

    Je me sens seule, même entourée : ce qui manque vraiment

    Je me sens seule, même entourée : ce qui manque vraiment

    Le dîner s'est bien passé. Vous avez ri au bon moment, resservi du vin, promis qu'on se referait ça vite.

    Puis le trajet du retour. Vous vous repassez la soirée, et vous cherchez le moment où quelqu'un vous a demandé comment vous alliez, puis a attendu la réponse.

    Vous ne le trouvez pas. Vous ne l'avez demandé à personne non plus.

    Devant votre porte, la phrase est là : je me sens seule. Et l'autre arrive aussitôt : de quoi je me plains, on était huit à table.

    Les deux phrases sont vraies en même temps, et c'est le cas le plus courant : la plupart des gens qui se sentent seuls ont du monde autour d'eux. Vous n'êtes ni ingrate ni bizarre. Vous comptez les gens autour de la table, et ce n'est pas le bon calcul. Ce qui manque porte un nom, et pour le retrouver, il faut viser plus petit que « voir plus de monde ».

    Si ce soir c'est trop lourd, les lignes d'écoute sont plus bas, avec leurs horaires.

    Sentiment de solitude : qui se sent seul en France ?

    Près d'une personne sur quatre, et pas forcément celles qu'on imagine.

    Chaque année, le CRÉDOC, un centre d'études, pose la question pour la Fondation de France : c'est l'étude Solitudes. En juillet 2025, sur 3 000 personnes de 15 ans et plus interrogées partout en France, 24 % disent se sentir seules « tous les jours ou presque » ou « souvent ».

    Si votre tablée ressemblait au pays, vous étiez deux. L'autre n'a rien dit non plus.

    Le détail surprend : 37 % des moins de 25 ans et 36 % des 25-39 ans se disent seuls. Le sentiment est aussi plus fort dans les grandes villes : 28 % dans les agglomérations de plus de 100 000 habitants, contre 21 % en milieu rural. Plus de voisins, pas moins de solitude.

    On croit la solitude réservée au grand âge. Ni l'étude Solitudes ni l'INSEE ne le confirment : l'INSEE, qui a posé la question autrement en 2022, trouve même un sentiment « peu lié à l'âge ».

    L'isolement, c'est autre chose : voir très peu de monde. Dans l'étude Solitudes, il est plus fréquent en milieu rural et entre 40 et 59 ans. Les personnes isolées et celles qui se sentent seules ne sont pas toujours les mêmes. Si c'est plutôt cela qui vous arrive, peu de monde et peu d'amis, une autre page vous attend : je n'ai pas d'amis, par où recommencer.

    Se sentir seule sans être isolée : d'où ça vient

    On peut voir du monde chaque semaine et se sentir seule : le nombre de gens autour de vous ne dit rien de ce qui se passe avec eux.

    En 2015, l'INSEE a posé deux questions à chaque personne interrogée (16 ans ou plus, en France métropolitaine) : voyait-elle ou appelait-elle souvent ses proches, et se sentait-elle seule ? Parmi celles qui se sentaient seules « tout le temps » ou « la plupart du temps », 62 % n'étaient isolées ni de leur famille, ni de leurs amis.

    Version téléphone : dimanche, 17 heures, trois conversations de groupe qui s'agitent, et personne à qui écrire que la journée est longue.

    Vous pouvez donc cesser de vous répondre « mais j'ai du monde ». Ce n'était pas la question.

    Alors, qu'est-ce qui manque ?

    Le sociologue Serge Paugam, qui a enquêté sur les liens et la solitude des habitants de la métropole de Strasbourg, ramène ce qu'on attend d'un lien à deux expressions : pouvoir « compter sur » quelqu'un, et « compter pour » quelqu'un.

    La première, c'est la protection : qui vous hébergerait, qui vous prêterait sa voiture. La seconde, la reconnaissance : qui a besoin de vous, qui remarquerait votre absence.

    On peut donc avoir sur qui compter sans avoir le sentiment de compter. Ça arrive entre amis, en famille, et jusque dans un couple. Votre dîner, c'était ça : sept personnes qui viendraient sans doute vous aider à déménager, et pas une question à laquelle il fallait vraiment répondre.

    Dans l'enquête de terrain de l'étude Solitudes, une femme que les sociologues appellent Josiane le dit avec ses mots. Elle a 72 ans, un mari, deux enfants, trois petits-enfants, et des vacances tous ensemble dès que c'est possible. Depuis six ans, elle s'occupe de son mari malade. « On se sent seule et on a l'impression de ne pas être comprise. » Elle parle d'une « solitude noire ».

    Elle est entourée. Elle est seule.

    Souffrir de solitude : à qui parler quand ça pèse trop ?

    Quand la solitude dure et pèse sur vos journées, ne restez pas seule avec elle : parlez-en à un proche, à votre médecin ou à une ligne d'écoute.

    Se sentir seule ne fait pas de vous une malade. La solitude qui suit une rupture, un déménagement ou un deuil s'efface le plus souvent avec le temps, note l'Organisation mondiale de la santé dans son rapport de 2025 sur le lien social. Mais quand elle s'installe, elle peut nuire à la santé : les personnes qui en souffrent, selon le même rapport, ont deux fois plus de risques de faire une dépression. Ce chiffre n'est pas là pour vous faire peur : il donne une raison de ne pas garder ça pour vous.

    À qui parler, selon votre âge et l'heure (horaires vérifiés le 7 octobre 2026) :

    • 3114, prévention du suicide, tout public : 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, gratuit. À appeler si vous pensez au suicide, ou si vous vous inquiétez pour un proche.
    • SOS Amitié, tout public : 09 72 39 40 50, 24 heures sur 24, au prix d'un appel local ; tchat de 13 h à 3 h ; messagerie, réponse sous 48 heures. La ligne est très demandée : il faut parfois rappeler.
    • Solitud'écoute (Petits Frères des Pauvres), plus de 50 ans : 0 800 47 47 88, tous les jours de 15 h à 20 h, gratuit, anonyme.
    • Nightline, étudiants : 0 809 104 104 ou tchat, tous les soirs de 21 h à 2 h 30, gratuit, anonyme.
    • Fil Santé Jeunes, 12 à 25 ans : 0 800 235 236, tous les jours de 9 h à 23 h, gratuit, anonyme.

    Appeler, c'est déjà dire la phrase à quelqu'un.

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    Comment sortir de la solitude : par où commencer ?

    Pour sortir de la solitude, commencez par un lien qui revient chaque semaine, même tout petit. Voir plus de monde peut attendre.

    Revenons à Josiane. Sa famille est là, mais beaucoup de ses amis se sont éloignés. Parmi ceux qui sont restés, quelqu'un qu'on n'attendait pas : la vendeuse d'une boutique de vêtements, qui l'aidait à choisir. « Elle m'a envoyé des SMS, je ne veux pas dire quotidiennement mais presque, et elle continue. »

    Ni une sœur, ni une amie de trente ans. Quelqu'un qui revient.

    L'étude Solitudes appelle ça les liens de proximité : les voisins, les commerçants, les associations. Ces dernières, écrit-elle, permettent de « retrouver un cadre de sociabilité régulière ». Gardez le dernier mot : régulière.

    Vous en avez peut-être déjà un, sans l'avoir compté. La boulangère qui connaît votre commande. Le voisin de palier. Peut-être les seules personnes qui remarqueraient que vous n'êtes pas passée cette semaine. C'est compter pour quelqu'un, en tout petit.

    Par où commencer cette semaine ? Par eux : un mot de plus que d'habitude, puis revenir le même jour, la semaine d'après.

    Rompre la solitude : une personne pour qui compter

    Ces liens du quotidien sont un point d'appui ; pour rompre la solitude, il faut ensuite une personne pour qui compter.

    L'étude Solitudes le dit : ces liens « débouchent rarement sur des relations personnelles et intimes ». La boulangère ne viendra pas à votre anniversaire.

    Cette personne est peut-être déjà à votre table. Parmi les sept autres, il y en a sans doute une à qui proposer un café à deux, et à qui poser la question que personne n'a posée ce soir-là. À deux, impossible de rire au bon moment et de repartir sans avoir rien dit.

    Et si aucun nom ne vous vient, ou si c'est plus simple avec quelqu'un qui ne vous connaît pas encore, c'est pour ce pas-là qu'on a créé UnCafé. L'application vous propose des personnes avec qui vous avez des points communs. Quand vous dites oui tous les deux, une pause café est fixée, le samedi ou le dimanche après-midi, ou le mardi soir, dans un café que nous avons choisi. Chacun décide du temps à ne pas dépasser, entre 15 et 45 minutes.

    Si le courant passe, vous pouvez ensuite vous ajouter en ami, sans échanger vos coordonnées. Ça existe à Paris et dans plusieurs grandes villes françaises, et les deux premières pauses café sont gratuites. Une pause café met quelqu'un en face de vous ; le reste demande du temps.

    Une association où l'on revient chaque semaine donne, elle aussi, un rendez-vous fixe, mais à plusieurs. Si c'est le premier mot qui coince, voici comment parler à des inconnus. Et pour que des visages connus deviennent des amis, notre guide explique comment se faire des amis une fois adulte.

    Il y aura d'autres dîners à huit, et vous y rirez encore au bon moment.

    Ce qu'on cherche est plus petit qu'une tablée : qu'un soir vous n'y soyez pas, et que quelqu'un vous écrive pour demander comment vous allez. Puis attende la réponse.

    FAQ : je me sens seule

    Pourquoi je me sens si seule ?

    Le plus souvent, vous ne manquez pas de monde. Ce qui manque, c'est quelqu'un pour qui vous comptez : une personne qui a besoin de vous et qui remarquerait votre absence. Ce sentiment vient parfois après un événement qui défait un lien (une séparation, un déménagement, un deuil, la perte d'un emploi), parfois au milieu d'une vie bien remplie.

    Pourquoi se sent-on seul même entouré ?

    Parce que la solitude tient à ce qu'on vit avec les gens, bien plus qu'à leur nombre. En 2015, en France métropolitaine, 62 % des personnes qui se sentaient seules tout le temps ou la plupart du temps n'étaient isolées ni de leur famille, ni de leurs amis (INSEE). On peut avoir sur qui compter sans avoir le sentiment de compter.

    Qui appeler quand on se sent seul ?

    Si vous pensez au suicide, appelez le 3114 : gratuit, 24 heures sur 24. Pour parler, SOS Amitié écoute tout le monde au 09 72 39 40 50, jour et nuit, au prix d'un appel local ; la ligne est très demandée, il faut parfois rappeler. Solitud'écoute s'adresse aux plus de 50 ans (0 800 47 47 88, de 15 h à 20 h), Nightline aux étudiants (0 809 104 104, de 21 h à 2 h 30), Fil Santé Jeunes aux 12-25 ans (0 800 235 236, de 9 h à 23 h).

    Comment faire quand on se sent seule ?

    Commencez par le dire à une personne, même en une ligne : vous ne serez plus seule à le savoir. Si c'est trop lourd, une ligne d'écoute comme SOS Amitié (09 72 39 40 50) est faite pour ça. Ensuite, donnez-vous un seul rendez-vous qui revient chaque semaine, au même endroit, avec les mêmes visages.

    Oleksiy Lysogub

    Écrit par

    Oleksiy Lysogub

    Fondateur d'UnCafé

    Oleksiy a créé UnCafé avec une conviction simple : quand on se rencontre et qu'on se parle, on découvre que l'autre n'est pas si différent. UnCafé transforme la pause café en rituel de rencontre : deux personnes, un lieu public, un temps court, et des thèmes de conversation pour faire circuler récits de vie, passions et regards sur le monde.

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